Pastel sur toile
signée et datée en bas à droite : « Guirand Scévola 1902 »
Le pastel présenté ici appartient à cette période où Guirand de Scévola, au sommet de son art, se consacre le plus intensément à la veine symboliste qui restera sa signature. Une jeune femme se détache en buste sur un paysage traité avec une grande liberté de facture — frondaisons sombres, trouée de ciel — qui refuse toute localisation précise et installe d'emblée la figure hors du temps. Le visage, dégagé par une raie sur le côté et encadré d'une chevelure brune aux boucles souples, est saisi de face ; le regard clair, qui soutient celui du spectateur avec une intensité calme, confère à l'image une présence presque hypnotique. Un bijou serti d'une pierre orne la naissance des cheveux, cependant qu'un voile d'un rose saumoné, enroulé à plusieurs reprises autour du cou et des épaules, retombe en plis vaporeux jusque sur l'avant-plan, où la main du modèle repose sur un livre de maroquin rouge. Un collier de perles et de pierres précieuses, dont pend un motif orné d'une pierre rouge, souligne le col fermé d'une robe sombre.Lire la suite
Cette parure, aussi précise dans son détail que le décor environnant reste vague, place la figure dans un entre-deux délibéré : les salons raffinés du Paris fin de siècle et un récit chevaleresque médiéval semblent également plausibles, et c'est précisément cette indétermination qui fait la force symboliste de l'oeuvre — une figure qui n'appartient à aucune époque parce qu'elle les incarne toutes.
La technique du pastel y est portée à son plus haut degré de raffinement. Le modelé du visage procède par estompes successives qui bannissent tout contour dur, tandis que le fond, traité par larges frottis, demeure délibérément moins fini — un procédé qui concentre l'attention sur le visage et creuse un effet de profondeur atmosphérique. Cette liberté de touche dans le paysage, contrastant avec la précision presque orfèvre du bijou et du collier, est l'une des signatures reconnaissables de la manière de l'artiste dans ces années charnières.
On rapprochera utilement ce pastel d'un portrait à l'huile exécuté la même année 1902, où figure une femme à la ressemblance frappante — même chevelure brune courte et bouclée, même robe sombre à col fermé, même collier à pendentif de pierre rouge — suggérant que l'artiste fit poser le même modèle à deux reprises, dans deux techniques différentes, au cours d'une année particulièrement féconde pour sa veine symboliste.